L'inspiration sur le web

On connaît tous ça, on a une super idée de la mort qui tue, et puis on s'aperçoit qu'on est pas le premier. Ou alors, quand c'est le cas, c'est souvent parce que ce n'est pas une si bonne idée d'ailleurs, mais c'est une autre histoire.

Des fois on lance un nouveau site, persuadé d'être à l'avant-garde de la niche. Des fois il s'agit d'une idée qui donne naissance à un article. Si on se donne la peine d'écrire pendant quelques heures sur un sujet qui nous tient à cœur, c'est parce qu'on souhaite partager son opinion sur un sujet, souvent en mettant en garde ou en informant son public.

On a donc l'impression de créer quelque chose.

Mais sur le web, via le web, il se publie tellement de choses que c'en est vertigineux. Si on est un tant soit peu réaliste, on comprend vite qu'on est influencé, de toute part, en continu. Et comme on ne vit pas dans un grotte, point d'ombres projetées sur les murs pour nous faire une vision du monde : on l'expérimente tout le temps. On vit avec des influences majeures, qui sont en nous probablement depuis avant notre naissance, et qui se développent à l'enfance selon le contexte : la culture, la famille, etc Et puis il y a les influences mineures, qui nous changent pour quelques temps seulement.

Le web nous bombarde de ces influences. Et dans certains milieux de la blogosphère, c'est flagrant. En général, un sujet relayé sur un blog influent va engendrer dans les semaines qui suivent une flopée de billets de blog qui en reprennent l'idée centrale. Bien sûr le milieu du référencement n'échappe pas à ce constat.

Il peut y avoir un phénomène inconscient : par exemple, je lis un article, je suis touché par son contenu (en bien, en mal, pas d'importance) et je décide de réagir. Comme j'écris un autre article, j'ai peut-être l'impression de créer un article complètement nouveau. Et dans l'exercice créatif, j'en oublie complètement de citer la source de mon élan.

Le plus souvent, c'est en pleine conscience que des articles apparaissent autour du même thème. Dans le milieu du SEO encore (beaucoup trop amha) imprégné par le keyword ou l'expression-clé, c'est même flagrant. Certains termes font leur apparition et c'est alors la traînée de poudre : la blogosphère essaime d'articles sur le même (nouveau) thème. Parce que les auteurs estiment qu'ils doivent se positionner dessus aussi. Y'a pas de raison.

Beaucoup de suiveurs donc.

Dans toutes les strates de la blogosphère. La plupart sont assez malins pour ne pas copier effrontément un membre de la communauté avec qui ils interagissent. Ils naviguent donc plutôt dans des sphères connexes, par exemple la rédaction web, et un beau matin pouf ! ils accouchent d'un article sur le spamco, ou encore le webmastering et ils se retrouvent à copier des articles de référencement.

Cera Interactive en a fait les frais par deux fois récemment, par rapport à une infographie mal pompée, puis une autre encore pire, pourtant immanquable dans le milieu SEO depuis qu'elle a été créée il y a ... de longues années.

Dernièrement (hier) Les résoteurs se sont fait épingler en publiant un article ouvertement copié à un blog SEO incontournable, avec modification d'infographie (pour le pire) inclue.

Soit ces copieurs cherchent le bad buzz à tout prix, soit ils sont grillés par la communauté (pour ce que ça vaut), soit les 2.

Plus malin est l'adepte du growth marketing

Prenons maintenant un exemple avec une des techniques de l'online growth marketing...

Celui-ci va chercher non pas à seulement s'inspirer d'un article déjà publié en modifiant quelques tournures de phrases, mais il va vouloir aller plus loin. Il s'agit de "faire mieux". Pour, toujours, ne l'oublions pas, proposer le meilleur contenu le plus qualitatif à l'internaute.

Comment faire ?

Eh bien c'est simple. Il faut choisir un sujet qui a du potentiel. Et puis surtout qui dispose d'un grand nombre de documents publiés. Ainsi, on va pouvoir scraper le web sur le topic retenu. On sélectionne les articles les plus pertinents : pour Google (ceux qui arrivent dans les premières Serps) et puis aussi pour nous (ceux qui nous semblent intéressants et différenciés entre eux : points de vue différents, vocabulaire différents, sources différentes...).

Une fois cela fait, on applique les méthodes éprouvées du copywriting : titre au phrasé choc avec les mots qui engagent le plus (usage de liste numérotée, verbes d'action, promesse de vente unique à l'internaute, promesse de facilité, utilisation de ponctuation, majuscules et de symboles etc)

Par exemple : "13 règles FACILES à appliquer pour Doubler en seulement 2 heures le nombre de ses #followers sur Twitter !!!"

Il faut alors retravailler les textes retenus pour en faire une synthèse exhaustive sur le sujet. Le plus important étant que les expressions-clés des documents originaux soient bien dans notre "nouvel" article.

Ensuite il faut s'attaquer au formatage du texte pour le rendre attrayant voire sexy, pour les robots et pour les humains. Des illustrations sont les bienvenues.

Et voilà !

Il ne s'agit donc là que de faire du neuf avec du vieux. Le seul vrai travail consiste à ré-écrire les contenus.

Ensuite vient le moment magique de growth marketing, où tu vas chercher les liens qui pointent vers les articles que tu as pompé pour les faire maintenant pointer vers ton propre article, puisqu'il est désormais exhaustif et à jour, et puisque c'est ce que veut l'internaute non ?

Donc non seulement tu pilles le boulot d'autrui, mais en plus tu lui vole ses liens.

Bien entendu, vu sous l'angle du contenu roi, tu as ta légitimité, tu n'as pas fait que copier, tu as remasterisé ! tu as mis à jour, complété, remplacé quelques vieilles boucles analogiques par de beaux samples numériques, tu as mis tout ça dans un beau circuit de partages sur les réseaux sociaux, et roule !

Le danger, c'est quand demain cet "auteur" ou ses fans viendront copier tes vieux articles à toi pour faire du neuf. Et que tes anciens collègues remplaceront, sur sa demande, le lien vers ton article par un lien vers "son" article.

Et ce faisant, nieront l'historique et la légitimité de ton travail sur le sujet (un espoir résidant toutefois dans l'effet mémoire des liens).

Maintenant, le vois-tu le danger ?

Comment s'en protéger ?

Il suffit de mettre ses articles à jour en menant soi-même une veille sur les thématiques.

Ainsi l'article est mis à jour, complété, horodaté à nouveau et re-visité : le growth marketeur en mal d'inspiration devra choisir un autre thème...

Bien entendu, au vu du nombre de documents sur le web, nul doute qu'il trouvera toujours des blogs laissés à l'abandon et donc bons à piller.

Conclusion

Je ne sais pas ce que vous en pensez, pour ma part je trouve ces "nouvelles méthodes" d'un cynisme sans fond. Il n'y a aucun processus créatif dans ce genre de pratique, il s'agit de se placer opportunément sur les thèmes les plus porteurs et les plus riches en pompant des contenus sur le web.