NOAH (Walter Woodman, Patrick Cederberg, Canada, 2013) dure 17 minutes. C'est une vidéo en anglais, qui met en scène un ado (Noah Lennox) se connectant à son ordinateur : ce qu'il fait, les sites qu'il visite, les relations qu'il entretient à travers ces canaux de communication, avec sa petite amie Amy Schultz, son pote "Kanye East" et des inconnus...

17 minutes d'hyperactivité numérique, voilà comment on pourrait résumer ce film.

Noah ouvre les logiciels et applications en cascade, passe d'un chat skype à une recherche d'info tout en changeant de play-list 3 ou 4 fois. Son univers EST le multimédia. Son monde, c'est le chaos des données : des messages délivrés sur des médias différents, des flux d'émotions complètement instables.

Je ne vais pas spoiler, allez voir par vous même : Lien vers la vidéo "Noah" : http://api.twistage.com/videos/52f396259f73d/formats/mp4_480/play.mp4 Une véritable perle d'analyse qui n'a pas l'air de se prendre la tête. Une sorte de "Strip-Tease" pour ado geek.

A bien y réfléchir, le rapport avec le SEO n'est pas si éloigné. Car les sessions web de Noah délivrent un message fort et clair. La multiplicité des sources, des échanges de flux, l'abondance des données rend le virtuel complètement instable : tout s'y côtoie dans une sorte d'orgie des sens. Sans aucun cadrage. Ce qui s'y fait ne relève pas forcément d'une logique, à l'image des nombreuses contradictions que l'on peut relever au cours de ces tranches de vie en ligne.

C'est ainsi que le début nous montre un comportement qui ne devrait pas étonner les SEO. Essayer de deviner, de percer l'autre à jour, ses intentions, quitte à prêcher le faux pour savoir le vrai, après un courte hésitation d'ordre morale... Plutôt que de dialoguer simplement et ne pas tirer de conclusions hâtives, plutôt croire qu'il faut prendre une décision, rapidement, sans quoi il risque de se passer quelque chose... On est en plein dans les baselines de réseaux sociaux :

  • "Découvrez ce qui se passe en ce moment chez les personnes et dans les organismes qui vous tiennent à cœur.",
  • "What are you doing right now?"",
  • "ne passez pas à côté de", "ne ratez pas", "l'essentiel de..."
  • "Avec Google+, partagez le Web comme vous le vivez."
  • "Facebook vous permet de rester en contact et d'échanger avec les personnes qui vous entourent."
  • "Facebook est un réseau social qui vous relie à des amis, des collègues de travail, des camarades de classe ou d'autres personnes qui ont quelque chose à partager avec vous"

La peur de manquer, d'être "en dehors de". En pleine société de (sur)consommation, c'est très fort. Arriver à faire miroiter, à donner une certaine valeur à ces moments perdus sur la machine, arriver à les rendre indispensables au quotidien (pour les monétiser ensuite), tout en baignant dans une opulence en apparence gratuite.
Et surtout, arriver à court-circuiter l'esprit critique, en entremêlant les médias pour faire tourner les têtes et appeler cette frénésie de clics, entretenir cette soif d'interactions simultanées.

Sentiment jouissif de cumuler les plaisirs, d'être au bord d'un puits de connaissance sans fond, synonyme d'excitation intellectuelle sans fin, de promesses de découvertes jamais rassasiées.

Internet vu comme un orgasme ininterrompu

On ne doit pas en être loin, car la peur de l'ennui plane comme l'épée de Damoclès dans "Noah" : plutôt cliquer, fuir en avant, que de se poser et de se livrer à une seule activité.

[Instant SEO : Les séquences de rafraîchissement de page rappelleront à certains le F5 powaaaa décrit dans l'article sur le spamco. ]

Ce court-métrage est un superbe condensé d'un certain internet en 2013. Tous les ados ne sont pas à l'image de Noah, mais cette soif et cet usage décomplexé des réseaux est une photographie qu'on ne peut ignorer, et dont il serait bon parfois de prendre la pleine mesure par rapport à l'avenir qu'elle préfigure : culture du zapping, de l'instabilité à tous niveaux, bascule entre des extrêmes.

Avertissement : le film comporte des séquences Chatroulette, donc son lot de gros plans anatomiques.

Aller plus loin

Les jeunes réalisateurs (22 et 23 ans) décrivent avec ce film court la vie qu'ils ont eux-même. Ils ont créé des faux profils sur les réseaux sociaux et dénoncent le côté idyllique présenté par le discours marketing des réseaux sociaux. L'aspect positif est bien sûr de pouvoir communiquer à travers le monde entier de manière simplifiée et pratique, l'effet de bord et que ces réseaux incitent à se créer une identité vendeuse dans une sorte de surenchère à la popularité. Lire l'interview en anglais ici : http://ryersonfolio.com/tiff-profile-patrick-cederberg-and-walter-woodman-directors-of-noah

Pour ceux que cela intéresse, je conseille l'excellent film "ChatRoom" qui est une immersion au cœur de ces lieux de rencontres virtuels (aujourd'hui un peu abandonnés au profit des réseaux sociaux) avec les dérives comportementales qui peuvent transpirer du virtuel vers le réel http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=140437.html

Moins creusé psychologiquement que ChatRoom mais intéressant pour l'aspect "notoriété" le film The Bling Ring, plus léger, entraîne le spectateur dans la course à la popularité web à laquelle se livre un groupe d'étudiants américains pas vraiment conscients des conséquences de leurs actes.

Lien vers la participation de Noah au concours des meilleurs films courts canadiens : http://tiff.net/filmsandschedules/tiffbelllightbox/2013/2330023485

Bonus

Le court-métrage dispose d'une bande son forcément éclectique qui va des Jackson 5 à Metallica en passant par ce petit joyau de musique : "Ram On", de Paul McCartney

Les deux réalisateurs sont également musiciens et font partie d'un groupe, SHY KIDS, que je vous recommande vivement : http://shykidsband.com/ (étiquettes associées à leur musique : pop electronic experimental rock indie psychedelic Toronto)