La cible Google

Tromper Google en multipliant les liens depuis toutes sortes de sites était un exercice qui n'avait qu'une victime : Google. Accessoirement, les internautes étaient des victimes collatérales trompées par les bons positionnements de sites médiocres dans les Serps.

En cas d'insatisfaction, l'internaute n'avait qu'à s'en prendre à Google et ses résultats douteux.

Évidemment, on peut remplacer Google ici par Bing, Exalead, Baidu, Yandex...

La cible change

Depuis que des mesures ont été prises par les équipes antispam de Google, principalement d'ordre propagandiste (voir quasiment chaque article de ce blog), la faute est renvoyée sur la bête noire des Serps, le bouc-émissaire idéal : le référenceur. Par effet ricochet, les adeptes du SEO sont devenus en quelques mois des personnes à honnir, qui d'ailleurs pratiquent un métier de seconde zone causant de graves dommages (cf. les sites qui ont abandonné les commentaires de blogs suite au spam de leurs articles ou autres #bourrellygate), pour des rémunérations faramineuses malgré des résultats bien incertains, voire parfois sujets à des effets indésirables irrémédiables. Je fais référence à l'article de Chaudey relayé par le Juge du Muscle référencement, sur http://lemusclereferencement.com/2015/07/10/mise-au-point-avec-christophe-chaudey/.

Cet article (l'original, amputé de sa partie virulente qui place son auteur dans une position très inconfortable) cristallise à lui seul tous les clichés et toute la frustration du métier, et se range directement dans le rayon "démonstration CQFD" de mon article traitant de la prise de risque en référencement.

J'ai toujours défendu la profession en arguant d'un libre arbitre qui ne devait jamais céder à la tentation de l'auto-flagellation ("avant c'était bien, on faisait des liens n'importe comment et ça faisait passer les sites en première page de Google") car ces bribes de déclarations sado-maso  ne reflètent pas les pratiques de l'ensemble de la profession. A l'image de Vincent Jamin qui vient d'écrire un billet dans la même veine (http://www.encoreunblogseo.info/desavouer-ou-noyer-une-question-culturelle/) : jamais eu besoin de désavouer, jamais eu à pleurer pour demander le retrait d'un lien posé rapidement ou automatiquement. Ce n'est pas de la forfanterie, c'est le résultat d'une stratégie coûteuse surtout en temps. Tant pis pour ceux qui vont poser leur lien n'importe comment et n'importe où sous prétexte d'un partage de bon plan BL.

L'internaute dans le viseur

Du coup aujourd'hui le référencement naturel c'est devenu quoi ? Du SEO,  avec toute la partie analytique pre et post qui se développe : recherche sémantique, corpus et meta-mot, schema de linking interne en cocon ou en silo / et analyse de logs.

Mais au-delà de ces prestations de techniciens, que reste t-il du poseur de lien ? Le netlinking étant damné par le Dieu Google, si on veut limiter la fameuse prise de risque, il faut dorénavant varier ses sources et se tourner vers d'autres canaux d'acquisition ou de captation de trafic.

On en vient donc au SEA, au SEM, aux réseaux sociaux.

On en vient donc à toutes les techniques qui sont censées générer du clic (liste non exhaustive)

  • copywriting et linkbaiting
  • inbound marketing
  • growth marketing et growth hacking

Il s'agit donc maintenant de capter du visitorat depuis des sites externes (principalement réseaux sociaux) afin de les ramener sur son moneysite.

Dorénavant la cible a changé : ce n'est plus Google qui est visé, c'est l'internaute qu'on cherche à duper séduire. Avec des méthodes plus ou moins déontologiques comme présenté dans l'article sur le growth hacking, une nouvelle menace ?

Le glissement n'est plus seulement sémantique puisqu'il ne s'agit plus de se jouer d'un algorithme, mais de déjouer la vigilance humaine.

Lorsqu'on évoque les réseaux sociaux, il s'agit alors de (re)faire son autorité, et cela passe, on en revient toujours au même, par de la popularité. Je paraphrase Lumière de Lune sur son blog "il faut tapiner à fond avant de se faire remarquer" (source : "Faut-il (vraiment) aller sur HelloCoton ? http://www.lumieredelune.com/encrelune/s-inscrire-sur-hellocoton,2015,07)

Donc l'enjeu est maintenant de refaire du lien, ce satané netlinking, sur chacun des réseaux sociaux, pour promouvoir quelques profils, qui à leur tour feront du lien vers le moneysite.

Google a donc réussi, avec sa propagande de la terreur sur le linking, à se débarrasser d'une partie DE SON problème en le provoquant chez les autres. Car si Twitter, Facebook, Pinterest, Tumblr et compagnie comptent parmi leurs statistiques d'utilisateurs des pourcentages inquiétants de faux comptes, c'est bien à eux de faire le tri.

Mais en attendant, ces milliers de comptes qui "tapinent" le font en s'attaquant à l'internaute, car c'est lui la vraie valeur ajoutée. En effet, un profil qui ne totalise que des followers bidons ou des likes achetés est toujours repérable, et donc finalement déprécié.

Désormais c'est l'internaute qui est pris à partie, en étant sollicité de toute part "clique ici pour un truc de ouf", "RT rend viril", "le partagisme est cool", etc

Comment vivez-vous cette redirection 301 ?

EDIT DU 24.07.2015 : lire la réaction du Juge sur le blog du Muscle Référencement : http://lemusclereferencement.com/2015/07/23/reaction-au-changement-de-paradigme-seo/