Comme tout éditeur de site, j'ai eu ma période boulimie de noms de domaine. Qu'ils soient nouveaux ou expirés, en cours et rachetés, j'étais parfois pris d'éclairs de génie dans la journée, vous savez ce genre de (très souvent fausse) bonne idée qui vous fait sortir la carte de crédit et, en 2 temps 3 mouvements :

  • le temps de vérifier que le nom est libre,
  • que la marque n'est pas déposée,
  • qu'il n'y a pas d'historique catastrophique...

vous rend heureux propriétaire d'un NDD.

Lâcher-prise internet

Hélas, sur le web comme ailleurs, l'affect est prépondérant. On s'attache vite à un nom de domaine, parce qu'on y place souvent de grands espoirs.

Mais deux fois hélas, l'attachement peut devenir maladif, car s'il est vrai qu'un nom de domaine se bonifie habituellement avec le temps - comme les vins de garde - certains domaines deviennent au fil des ans des boulets qu'on traîne dans son sillage.

Pourquoi lâcher prise ? Pour se débarrasser de cette posture mentale, qui cause généralement plus de tords qu'on ne veut le croire, et synonyme d'encombrement de l'esprit. C'est un peu comme tous les individus qui écrivent dans leur bio "plus de 200 idées à la minute". Moi je veux bien, mais c'est souvent du flou artistique. Si on leur demandait de lister ces 200 idées, ils s'apercevraient bien vite qu'il y a énormément de doublons (duplicate content, bénéfique pour l'entreprise mais pas pour l'individu), et que la plupart sont de "fausses idées", inspirées par l'environnement immédiat, le dernier site visité, l'article lu la veille, les infos de la semaine, etc...

Bref : ce foisonnement d'idée ne résiste pas à une analyse objective de la situation, et entraîne un sentiment euphorique mais trompeur.

Ce raisonnement s'applique tout particulièrement au secteur des domaineurs, ces spéculateurs web pour qui tout est affaire de stratégie.

Profils de domainers

Au niveau de la spéculation sur les noms de domaine, on se retrouve avec différents profils de domainers :

  • Le snaper fou, qui est à l'affût des NDDs intéressants sur le point d'expirer,
  • le poète, créatif et anticonformiste, qui invente des NDDs,
  • l'opportuniste, ami de la sérendipité, qui vérifie occasionnellement la disponibilité d'un nom lorsqu'il croise un lien mort.

Le snapeur fou peut utiliser des outils logiciels pour trouver les noms de domaine expirés ou sur le point de l'être, et en évaluer le potentiel. Très souvent il est également abonné à des services de domaining en ligne proposé par des registrars ou autres, et il est très friand de listes de noms de domaines. Il investit dans le nom de domaine comme d'autres investissent en bourse. Très souvent c'est du négoce d'achat et de revente, tel quel. Plus rarement c'est dans le but d'exploiter le potentiel d'un NDD pour bénéficier d'un boost en référencement naturel, qu'il s'agisse d'une création ou d'un rachat de NDD comportant beaucoup de backlinks (profil de liens à évaluer, ne l'oubliez pas !)

Le poète suit sa muse, il peut donc se trouver bien ou mal inspiré...

L'opportuniste est souvent le plus affecté par le syndrome de Diogène : il a tendance à accumuler les noms de domaine, car finalement les opportunités sont partout, selon ses thèmes de prédilection ou son appétence. C'est donc le profil de domainer qui a le plus besoin de lâcher prise.

Écosystème de NDDs

Il n'est pas rare que finalement, le collectionneur de noms de domaine finisse par faire le tri et en abandonne quelques-uns... Pour son plus grand bien. Selon le registrar utilisé, c'est d'abord une économie substantielle (ou une "non-dépense", prenez-le comme vous le voulez).

Ensuite le potentiel, souvent exagéré sous le coup de l'émotion (la fameuse "bonne idée"), d'un nom de domaine, est beaucoup plus sujet à encombrer l'esprit qu'autre chose. On trimballe un nom de domaine, soit en attendant qu'un prospect soit intéressé, soit dans l'optique de l'exploiter... Ce qui arrive, en pratique, très peu souvent, et plus on possède de NDDs dans cette optique, moins on a de chance de pouvoir les utiliser. A moins d'industrialiser le processus, d'avoir 5 mains, 30  collaborateurs ou de faire sous-traiter...

Mais le plus surprenant, c'est lorsqu'on finit par abandonner des noms de domaines, pour finalement s’apercevoir qu'ils sont repris par d'autres...

Vie, mort et renaissance d'un nom de domaine

Je ne mentionne pas ici les vraies bonnes idées, mais les "petits" NDDs. Des fois, au hasard d'un audit de backlinks pour faire la chasse aux liens morts, je tombe sur des noms de domaine m'ayant appartenu. Souvent machinalement, je clique sur les ancres plus ou moins optimisées, et là, j'ai quelques surprises parfois. Tiens, un rachat qui devient un parking ndd, tiens une redirection 301, tiens une exploitation industrielle avec un template "out of the script" ou un e-commerce discount bon plan phishing...

Quand c'est vraiment crade, je supprime mes liens histoire de ne pas apporter une once de crédit "supplémentaire" à ces rachats, et à me protéger en retour de ces accointances de bas-étage. Ce que j'ai décrit en long, large et travers dans mon article sur le NSEO par suppression de lien 

Alors pour le fun, et histoire de finir sur du concret, je vous livre quelques-uns des noms de domaine m'ayant appartenu et qui ont été repris par d'autres. Actuellement rachetés :

  • fr-redacteurs [POINT] com
  • a-venir [POINT] com
  • codeur-discount [POINT] com
  • dcfan [POINT]eu
  • media-internaute [POINT] com
  • arbre-a-chat [POINT] com
  • marredesefairebaladersurlenet [POINT] com

D'autres, plus anciens, ont été repris une, deux, trois fois par différents domainers, comme :

  • referencement-qualitatif [POINT] com
  • on-error-resume [POINT] com
  • yann-faurie [POINT] fr

Conclusion

Le fait de suivre, de loin en loin, des noms de domaine vous ayant appartenu est très riche d'enseignement. Ainsi on peut parfois :

  • Se remettre en question et se blâmer pour avoir abandonné des NDDs qu'on aurait pas du !
  • Rire un bon coup en se disant que certains ont tellement les yeux rivés sur leurs métriques ("Wouaw, 15 BLS propres, j'achète !") qu'ils jettent leur argent par les fenêtres
  • Remonter des linkwheel via des footprints laissés sur des sites rachetés
  • Surveiller les pratiques et éventuellement le vol de contenus (scrapping) pour les moins scrupuleux qui remettent tous vos articles archivés en ligne...

Donc, entre le destockage de ses noms de domaine inexploités ou avec peu de potentiel, et l'abandon de ndds qui se révèlent porteurs, il faut savoir faire le tri.

Et vous ?

Quelles sont vos expériences, et surtout vos retours d'expérience sur le sujet ?